« Flaked »

A la recherche d’une petite série sans prétention, facile à avaler un jour de pluie à Bruxelles, je me pencha sur cet objet obscur aux reflets turquoises, inconnu d’aucun, ne bénéficiant pas d’effets d’annonce, trompettes ou tapis rouge.

J’avais envie de faire mon original. Et si possible épater la galerie, représentée ce matin là, par une ingénue rencontrée la veille au bord du Rhin, et qui se trouvait là à partager mon jus pamplemousse/quinoa.

Ca commençait mal. Au bout de 15 minutes la peste balança :  « Ouais, en gros c’est un Sex And The City mais pour les mecs… ».Outrage. Pause obligatoire.

Passé l’affront à ma masculinité et une douche plus tard je chassais tendrement la provocante hors de chez moi avec moult promesses de revoyures. Elle me laissait son 04 sur un coin de table. Si elle savait…

Ni une ni deux, après avoir envoyé chier tous mes rendez-vous de la journée et coupé tout moyen de communication extérieur, j’échangeais mon jeans t-shirt pour un vieux peignoir rapé clair et me reglissait sous ma couette, fort de mon nouveau statut de « Flakeur », mec pas fiable, poseur de lapin en argot U.S., pour mieux me vautrer sur cette pépite inconnue de tous, sauf de moi, et qui pourrait se résumer comme suit :

Chip (Will Arnett), la quarantaine vélocipède cool et bon teint, est un ancien alcoolique arrivé à Venice Beach il y a dix ans « Par accident, ou plutôt à cause d’un accident ». Dans son passé, bourré, il a renversé et tué un jeune garçon et après avoir purgé sa peine est venu ici chercher la rédemption. Il partage dorénavant son temps entre le centre A.A. local où il fait figure de gourou charismatique bronzé et son shop d’ébénisterie, sorte d’échec assumé mais pierre angulaire des paumés branchés du coin. Accompagné de Dennis, plus que faire valoir et génie jouant le chien mouillé à la perfection, Chip va, avec flegme, de déboires amoureux en déboires financiés. Tranquillement. Le pouls des protagonistes s’accélère pourtant quand débarque dans leur quotidien, London, insignifiante petite serveuse de son état, possédant un charme mystérieusement inexplicable. Depuis, Chip s’est remit à boire, un peu, promet, pas mal et ment, beaucoup. A ses amis, à son ex femme, à sa maîtresse, à lui-même, avec brio et légèreté. Juste pour garder les apparences. Car ici, tout est question d’apparence.

Dernier bastion cool d’un Los Angeles en perpétuelle transformation , Venice est l’arène principale du show : soleil éblouissant, lumières sépias, immeubles cramoisis par le temps et faune locale haute en couleur nous plonge dans un univers où le temps semble s’être arrêté. Tout comme le destin foireux des personnages.

Dans ce décor, la venue de cette intriguante va mettre à mal l’amitié du duo Chip/Denis en révélant les facettes sombre de chacun mais va également les pousser à se surpasser pour chercher le meilleur au fond d’eux au fil de huit épisodes qui soulèvent doucement, avec sagesse et humour les questions entourant l’existence de ce duo et des nombreux personnages tous profondément attachant et qui on le bon goût de ne jamais tomber dans la facilité et le larmoyant.

Donc, O joie, nectar de surprise, Flaked n’est pas une simple et idiote série du dimanche qui prépare à la sièste, crapuleuse si possible, elle embarque dans ses filets chatoyants sont lot de mystères humains, faux semblants, actes manqués et étoile brûlée .

Ecrite avec talent, narrée sur un faux rythme, lancinant, hypnotique, et grâce au tour de force des acteurs, peu connus mais d’une justesse troublante, Flaked me plongea dans son univers ironique, humour pince sans rire ravageur, tendresse toute masculine, couillue comme y faut, pour mieux essorer mon âme et me recracher sur une plage déserte à marrée basse, le cerveau ébouriffé.

Et je repensais aux propos de l’inconnue du matin… Elle avait vu juste : Une série de fille pour les mecs, qui ne passe pas le test de Bechdel certes mais qui envoie ses U.V. dans la gueule en vous berçant des guitares lancinantes de Pavement. Addictif.

Alors oui, l’envie d’ouvrir une bière fraîche et d’écouter le hit de 10cc se fait sentir… d’envoyer tout balader. De voir son meilleur pote et de lui dire qu’on l’aime au fond d’un verre. Tendresse. Mais peut être plus que tout de rappeler ce numéro qui traîne sur la table du salon. De la voir, elle qui avait tout compris. Et si, par chance, elle me fixe un rendez vous, j’y serai. A l’heure. Promis. Et elle pourra me demander ce qu’elle veut. Je lui dirai tout.

Compte sur moi.

 

Thomas Leruth

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