Dunkirk : Le film de l’été ?

Dunkirk

Film de guerre américano-britannico-franco-néerlandais écrit et réalisé par Christopher Nolan, sorti le 19 juillet 2017.

Avec Tom Hardy, Cillian Murphy, Mark Rylance, Kenneth Branagh, Harry Styles, Fionn Whitehead

 

 

De quoi ça parle ?

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L’Opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique (CEB) vers l’Angleterre.

L’histoire s’intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l’Opération Dynamo. Alors que le CEB est évacué par le port et les plages de Dunkerque, trois soldats britanniques, avec un peu d’ingéniosité et de chance, arrivent à embarquer sous les bombardements. Un périple bien plus grand les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais.

 

 

Ce que j’en ai pensé

Je suis un grand fan de Christopher Nolan. De Following (1999) à Interstellar (2014), il s’est construit une filmographie d’une qualité exceptionnelle, et tout ça à même pas 50 ans. Il est l’un des rares cinéastes au monde à pouvoir réaliser ce qu’il veut. Il a atteint un tel niveau de succès critique et commercial qu’il a le pouvoir de raconter les histoires qu’il souhaite avec le budget qu’il désire. Chaque film de Nolan est différent, chaque film est une expérience unique. Chaque film de Nolan propose quelque chose d’original aux spectateurs, que ce soit au niveau de la narration, de l’approche visuelle ou sonore. Ces films divisent et font parler, Memento – pourtant sorti il y a 17 ans – reste un sujet de discussion à succès auprès des cinéphiles, pareil pour Inception. Le cinéma de Nolan ne laisse indifférent, qu’on l’aime ou pas. Alors dire que Dunkirk était attendu est un euphémisme…

Dunkirk se déroule sur trois ‘timelines’ qui traitent l’évacuation britannique de Dunkerque pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a « The Mole » (Le Port), qui se déroule sur une semaine et suit le jeune soldat britannique Tommy (Fionn Whitehead) et un autre combattant (Damien Bonnard) alors qu’ils essayaient de trouver une sortie de Dunkerque. Il y a « The Sea », qui se déroule sur une journée et suit des civils, M. Dawson (Mark Rylance), son fils Peter (Tom Glynn-Carney) et son ami George (Barry Keoghan) alors qu’ils naviguent de Grande-Bretagne à Dunkerque pour sauver des soldats. Enfin, il y a « The Air », qui se déroule sur une heure et suit les pilotes britanniques Farrier (Tom Hardy) et Collins (Jack Lowden) fournissant un soutien aérien aux navires britanniques proches de Dunkerque.
Vous n’avez jamais vu de film comme Dunkirk, je parlais d’expérience un peu plus haut et c’est le terme qui, à mon avis, définit le mieux le dernier Nolan. Dunkirk n’est pas seulement un défi pour le réalisateur-scénariste ; c’est un défi pour le cinéma en général. Un film sans personnage principal, sans vraiment d’histoire, ou de personnages distincts. Plutôt que d’essayer de donner un large aperçu de l’opération Dynamo et les détails  qui ont permis de sauver 400 000 soldats des plages de Dunkerque, Nolan veut mettre le spectateur le plus près possible de l’action afin de lui faire ressentir la peur  et le besoin de survie. Nolan porte un regard froid et éloigné sur une opération militaire massive, mais l’immédiateté des scènes humanise instantanément les personnages, même si nous ne connaissons pas leur nom. Dunkirk n’est pas un film sur la guerre, c’est un film sur la survie et l’héroïsme.
Le risque d’utiliser une approche non conventionnelle pour une histoire vraie comme l’opération Dynamo est que vous pourriez, par inadvertance, être irrespectueux de la mémoire de ceux qui ont vécu et sont morts dans cette opération. Si le but de Nolan avec Dunkirk était juste d’essayer de nouveaux trucs pour en jeter plein les yeux, l’entreprise entière serait tombée en morceaux. Au lieu de cela, Nolan s’est lancé le challenge d’essayer de raconter une histoire de guerre d’une manière totalement différente. Un récit conventionnel pour Dunkirk aurait été facile, à la place, Nolan déclenche une approche complètement inattendue, en passant par une histoire « triptyque » qui saute entre les ‘timelines’ qui se croiseront finalement tout en n’ayant jamais accordé trop d’attention à l’un ou l’autre personnage. Pour certains, cette approche est dommageable car le fait de ne s’attacher à aucun personnage enlève une partie du potentiel émotionnel de certaines scènes, je suis en partie d’accord avec cet avis. L’idée de Nolan est d’investir émotionnellement les spectateurs par le réalisme et l’immersion des scènes, nous faire entrer dans l’horreur et l’imprévisibilité de la guerre mais sans quasiment jamais montrer une goûte de sang ou un bras arraché! L’horreur de la guerre c’est aussi ça mais Nolan l’occulte complètement.
D’un point de vue artistique, vous voyez un cinéaste au sommet de son jeu. Le film est visuellement impressionnant, magnifique. Certains plans sont déments, le début sur les plages de Dunkerque, les combats aériens, ou les scènes en mer, c’est du grand art. La photographie de Hoyte van Hoytema est sublime, et la bande-originale de Hans Zimmer est à classer dans son top 10. Mais malgré toutes ses qualités, Dunkirk ne m’a pas transporté comme a pu le faire Interstellar ou Inception. Dunkirk est une expérience à vivre absolument sur grand écran, et c’est certain qu’il restera dans les annales des films de guerre, mais il lui manque quelques petites choses, au niveau de l’émotion et des personnages, pour prétendre au titre de classique.

 

John

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